« 12 octobre 1863 » [source : BnF, Mss, NAF 16384, f. 222], transcr. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7241, page consultée le 26 janvier 2026.
Guernesey, 12 octobre [18]63, lundi matin [7 h. ¼ ?]
Bonjour à travers vos vitres, mon cher petit homme, puisque vous ne vous décidez pas encore à ouvrir votre fenêtre. Comment cela va-t-il ce matin ? Comment la nuit ? Si je pouvais répondre pour vous selon le désir et le besoin de mon cœur je dirais : bien, très bien, good, der good, very good, very wel, bona, bonissima, et même bona BONHOMME. Mais comme cela ne peut rien du tout ni pour le passé ni pour le présent ni pour l’avenir je me contente [illis.] que tu me disais sérieusement si tu as bien dormi toute la nuit et si tu m’aimes comme je t’aime, c’est-à-dire uniquement, absolument et passionnément. C’est aujourd’hui que les travaux doivent reprendre1 chez moi, mais jusqu’à présent je ne vois poindre aucun ouvrier à l’horizon. Il est bien fâcheux que Gore ne soit pas là pour [illis.] la besogne. Je crains qu’on ne fasse rien de bon, et même rien du tout, personne n’étant là pour travailler et pour diriger. Je regrette que tu [illis.] la Turpin car tous ces retards-là nous rejettent au plus vif de l’hiver. À ta place je l’aurais laissée venir ce matin, quitte à l’employera quelques heures chez moi à mes nippes personnelles en attendant que Gore vienne lui assigner son ouvrage là-bas. Tu as cru bien faire en la lâchant pour trois jours mais, je te le répète, tout cela nous retarde énormément et je ne sais pas quand nous pourrons ENTRER dans notre jolie petite maison. À ta place j’irais voir aujourd’hui le chef de Gore et j’exigerais de lui qu’il [illis.] dès demain reprendre la direction des travaux. Cela ne serait que juste et Gore lui-même n’avait pas prévu d’empêchement quand il t’avait répondu la première fois par un oui affirmatif ; donc l’embargo vient de son maître. Mais quelb stupide gribouillis je te pharagote ce matin sous prétexte de RESTITUS tandis que j’ai toutes sortes de choses plus intéressantes à te dire et qui ne peuvent pas attendre. Je t’aime, je t’aime, je t’aime, les battements de mon cœur font circuler ce mot-là dans tout mon être, il est mon sang, ma vie, mon âme.
J.
1 « Les ouvriers de Putron reprennent aujourd’hui le travail au n° 20 » (Agenda de Victor Hugo, 12 octobre).
a « emploier ».
b « quelle ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Adèle, fille de Hugo, s’enfuit au-delà des mers à la poursuite désespérée d’un militaire dont elle est amoureuse. Mme Hugo adresse quelques signes de courtoisie à Juliette.
- 19 maiElle signe un bail de location pour la maison du 20, Hauteville.
- 18 juinAdèle, fille de Victor Hugo, part rejoindre le lieutenant Pinson.
- 2 juilletMme Hugo offre et dédicace à Juliette Drouet un exemplaire de son Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie.
- 15 août-7 octobreVoyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.
- DécembreElle décline l’invitation de Mme Hugo à participer au dîner des enfants pauvres.
